Accueil > Cinéma, Culte du dimanche > Culte du dimanche : La Nuit du Chasseur

Culte du dimanche : La Nuit du Chasseur

posté le 27/03/2011 FredP

la nuit du chasseur culte

PlongĂ©e profonde dans les grands classiques du cinĂ©ma cette semaine avec la vision d’un film orphelin mais inoubliable : La Nuit du Chasseur de Charles Laugthon. Un sombre rendez-vous avec le diable au clair de lune.

Mythique, la Nuit du Chasseur fait partie de ces films qui n’ont jamais eu la destinĂ©e qu’ils auraient duconnaitre mais qui les a tout de mĂȘme rattrapĂ©. C’est bien parce qu’il est totalement intemporel que ce film de Charles Laugthon fut totalement Ă©cartĂ© Ă  l’Ă©poque pour ĂȘtre aujourd’hui reconnu comme l’un des grands classiques du cinĂ©ma.

Il faut dire qu’Ă  l’Ă©poque oĂč le cinĂ©ma d’aprĂšs-guerre est en Technicolor, oĂč le rythme et le suspens est plus enlevĂ© que prĂ©cĂ©demment, Charles Laughton prend tout le monde Ă  contre courant en rĂ©alisant son film en noir et blanc avec un travail exceptionnel et magnifique sur l’Ă©clairage, le rapprochant du cinĂ©ma expressionniste allemand en vogue des annĂ©es plus tĂŽt. Mais ce classicisme hors du temps n’est que la surface d’un film bien plus complexe dans son contenu.

Robert Mitchum y incarne un pasteur sorti de prison et cherchant Ă  retrouver l’argent dĂ©tenu par son ex compagnon de cellule. S’en suivra alors une quĂȘte acharnĂ©e, remplie de manigances pour faire rĂ©vĂ©ler aux enfants qu’il croisera toute l’histoire. Entre film noir et western, le film joue trĂšs justement sur les deux genre tout en incorporant des Ă©lĂ©ments de contes fantastiques rappelant les histoires des frĂšres Grimm ou de Charles Perrault. En effet, plus on avance dans le rĂ©cit, plus Mitchum devient menaçant et se rĂ©vĂšle presque ĂȘtre le mal incarnĂ© face Ă  l’innocence des enfants, orphelins, qui cherchent Ă  lui Ă©chapper en parcourant un bout des Etats-Unis. Impossible de ne pas penser aux sombres contes de notre enfance ici transformĂ©s en course poursuite de tous les dangers, un aspect d’ailleurs renforcĂ© par le travail sur la photographie citĂ© plus haut.

De nombreuses thĂ©matiques se dĂ©gagent du film, le rendant bien plus profond qu’il n’y parait. Que ce soit la mise en exergue d’une AmĂ©rique trop prompte Ă  tout remettre entre les mains du Seigneur Ă  la dualitĂ© permanente de l’ĂȘtre humain. Cette dualitĂ© est d’ailleurs observable pendant tout le film, Ă  commencer par le numĂ©ro de Mitchum sur le bien et le mal, l’amour et la haine tatouĂ©s sur ses mains mais se poursuit ensuite entre le monde des adultes et celui des enfants, la perversion de l’argent dans une innocente poupĂ©e et bien sĂ»r l’utilisation du noir et blanc.

Ajoutez Ă  cette histoire diabolique et cette mise en scĂšne sublime un Robert Mitchum dans l’un de ses meilleurs rĂŽles (instaurant mĂȘme un visage sur l’idĂ©e du croque-mitaines) et vous aurez forcĂ©ment un grand film. Mais cela n’a pas Ă©tĂ© son destin. Face au classicisme apparent, le public n’a pas rĂ©pondu prĂ©sent. Un Ă©chec au box office tel que Laugthon dĂ©cida d’abandonner la rĂ©alisation et de retourner devant la camĂ©ra, faisant de La Nuit du Chasseur son unique film. Mais quel film !

Aujourd’hui, non content d’ĂȘtre devenu culte, il est considĂ©rĂ© aujourd’hui comme un grand classique du cinĂ©ma, objet d’Ă©tudes sans fin des cinĂ©philes et cinĂ©astes. Avec le recul, on s’aperçoit d’ailleurs Ă  quel point les auteurs d’aujourd’hui ont pu ĂȘtre influencĂ©s par cette Nuit du Chasseur. Des frĂšres Coen (dont le rĂ©cent True Grit peut ĂȘtre une variante du film, dĂ©peignant de la mĂȘme maniĂšre ces cotĂ©s de l’AmĂ©rique) Ă  Guillermo Del Toro (dont on retrouve ici cette dualitĂ© entre l’innocence des enfants face Ă  la menace adulte prĂ©sente dans son Labyrinthe de Pan) en passant par nombre de grands rĂ©alisateurs (Scorsese, Burton…).

Tous ces éléments font de la Nuit du Chasseur de Laughton un film unique, orphelin, inclassable mais absolument incontournable.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 27/03/2011 Ă  20:27 | #1

    Magnifique critique qui met trÚs bien en lumiÚre toute la complexité et le mélange des genres de ce film unique, intense, immense, incroyable! Bravo pour cette analyse juste et complÚte.
    Si cela ne se voyait pas ce film est de trĂšs loin mon film prĂ©fĂ©rĂ©, une rĂ©fĂ©rence pour moi. J’adore!

  2. FredP
    27/03/2011 Ă  20:32 | #2

    @Emma
    Merci beaucoup. Content que ce billet plaise :)
    Et merci Ă  arte de l’avoir diffusĂ© cette semaine d’ailleurs !

ï»ż