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Culte du dimanche : Cannibal Holocaust

posté le 16/10/2011 FredP

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A l’occasion de sa sortie en blu-ray, nous revenons aujourd’hui sur le film culte et choc de Ruggero Deodato, Cannibal Holocaust.

En 1979, la sortie de Cannibal Holocaust en Italie est un vĂ©ritable choc. Non pas que son rĂ©alisateur Ruggero Deodato ai ici inventĂ© le film de cannibales mais c’est de par son traitement radical, sans concessions, que viennent le malaise et les foudres de la justice avant mĂŞme sa sortie internationale.

Ainsi, nombre de rumeurs alimentent l’aura trash du film, la plus insistante d’entre elles Ă©tant bien sĂ»r la supposĂ©e mort rĂ©elle des acteurs durant le tournage qui feraient passer le film pour un snuff-movie. Morts qui n’ont effectivement pas eu lieu (le rĂ©alisateur le dĂ©montrera en faisant ressortir les acteurs de leur silence contractuel), mais il n’en est pas de mĂŞme pour les animaux malheureusement rĂ©ellement massacrĂ©s sur le tournage. Le film se voit alors censurĂ©. Ce n’est que le dĂ©but d’une carrière Ă©trange qui verra le film interdit dans plus de soixante pays et/ou classĂ© X ou interdit aux moins de 18 ans dans sa version censurĂ©e dans de nombreux autres. Rien de tel pour entretenir l’image du film le plus controversĂ© de l’histoire du cinĂ©ma. Mais qu’en est-il rĂ©ellement maintenant ? et ce supposĂ© carnage est-il tout de mĂŞme utile Ă  une rĂ©flexion ?

Oublions un peu la controverse (vous pourrez tout lire sur la censure du film sur bien des sites) pour parler du film. Pour ceux qui ne s’y seraient pas intĂ©ressĂ©s, il se divise en deux parties. Dans la première, un professeur part Ă  la recherche d’une Ă©quipe de reporters qui a disparu au cĹ“ur de l’Amazonie. Sur son chemin, il rencontrera une tribu cannibale Ă  laquelle il va se lier pour rĂ©cupĂ©rer les films des journalistes. Puis, dans la seconde partie, nous visionnons les images filmĂ©es par les reporters, loin d’ĂŞtre des saints lors de leur rencontre avec ces tribus primitives. Cette construction permet au spectateur de s’immerger ainsi doucement dans l’univers sans concessions du film. Le premier choc intervient lorsque l’on dĂ©couvre les mĹ“urs violentes de la tribu au travers de la torture abominable que fait subir un autochtone Ă  sa femme supposĂ©ment coupable d’adultère avant de la tuer. Le message est clair, le film sera un choc et ce n’est pas prĂŞt de s’arrĂŞter.

Mais cette première partie qui nous immerge dans la jungle et nous fait comprendre les coutumes des tribus locales, leur modes de vie, tout en nous faisant dĂ©couvrir le cannibalisme qui n’est pas gratuit pour ces indiens mais est simplement ancrĂ© dans leur mode de vie primitif. C’est dans la seconde partie que tout se gâte. Les jeunes reporters partis en excursion, et dont nous dĂ©couvrons les images, n’ont rien d’enfants de coeur. Ainsi, du massacre d’une tortue pour se nourrir dans la jungle (scène Ă©prouvante car il s’agit lĂ  d’un vĂ©ritable animal) au viol d’une autochtones par les 3 reporters mâles en passant par le feu qu’ils mettent au camp, on ne peut pas dire que les journalistes soient très respectueux des tribus locales et ils vont bien sĂ»r le payer de leur vie.

Le vĂ©ritable choc ne vient pas forcĂ©ment des scènes montrĂ©es qui aurait pu ĂŞtre grand-guignolesque sous la camĂ©ra d’un auteur avide de gore au second degrĂ©. Non, le choc vient surtout de la manière de filmer de Ruggero Deodato qui rĂ©alise ici un film quasi documentaire qui prendrait presque le spectateur en otage devant la cruditĂ© des images. C’est d’ailleurs parce que les massacres d’animaux sont rĂ©els que nous n’avons plus de mal Ă  imaginer que ce qui arrive au acteurs peut l’ĂŞtre tout autant. Les scènes de viol, de dĂ©membrement, … sont plus rĂ©alistes que jamais et personne n’oubliera d’ailleurs l’image de cette femmes empalĂ©e sur un pieu vertical. La musique Ă©trange, tantĂ´t oppressante, tantĂ´t rĂŞveuse ajoute d’ailleurs encore au dĂ©calage et au malaise vĂ©cu par le spectateur Ă  la vision du film.

Mais le choc n’est pas gratuit pour Deodato qui fait passer par Cannibal Holocaust un message très dur sur ce qu’il pense de notre sociĂ©tĂ© dite « civilisĂ©e»  mais qui n’a aucun respect envers les autres peuples soit disant primitifs. Mais c’est aussi une critique sur ce que sont devenus les journalistes sans arrĂŞt en quĂŞte de sensationnalisme pour appâter les foules. Jusqu’oĂą peut-on alors filmer la guerre et les rĂ©voltes sans rien faire ? OĂą est passĂ©e l’Ă©thique de la presse ? VoilĂ  quelques questions qui sont abordĂ©es ici de manière peut-ĂŞtre trop radicale ou maladroite (pourquoi dĂ©noncer la violence des images que nous voyons au quotidien au JT par une violence encore plus crue ?) mais qui ont au moins le mĂ©rite d’ĂŞtre posĂ©es pour lancer le dĂ©bat.

Plus qu’un film trash oĂą le cannibalisme ne serait qu’un prĂ©texte au sensationnalisme, Cannibal Holocaust est donc une Ĺ“uvre choc qui pose certaines questions sur la nature de l’homme et sur le rĂ´le de l’information. Aujourd’hui, la puissance du film ne s’est pas amoindrie et les questions Ă©voquĂ©es restent plus que jamais d’actualitĂ©. Bien qu’il ait Ă  l’Ă©poque relancĂ© le film de cannibale, sous-genre horrifique qui s’est vite essoufflĂ©, le film d’horreur doit surtout Ă  Deotato cette idĂ©e du faux documentaire repris aujourd’hui Ă  tout va (Blair Witch n’en est que l’exemple le plus Ă©loquent) avec ses codes (la camĂ©ra tombant Ă  la fin) mais pas toujours pour le meilleur. Quoi qu’on dise et qu’on puisse en penser, Cannibal Holocaust reste donc non seulement le film choc le plus controversĂ© du cinĂ©ma mais aussi une Ĺ“uvre posant quelques question en plantant un genre.

PS : Le film intĂ©gral est donc disponible en bluray remarsterisĂ© par Ruggero Deodato himself pour une image impeccable qui garde cet aspect documentaire plus rĂ©aliste que jamais. Il est agrĂ©mentĂ© d’un documentaire d’une heure sur le film Ă  base d’interviews, de la confĂ©rence de presse rĂ©cente de Deodato et d’une interview intĂ©ressante de Julien Seveon sur le film et sa portĂ©e.

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