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Enter the Void, la critique

posté le 06/05/2010 FredP

Gaspard Noé nous invite dans un trip, une expérience intrigante, parfois fascinante et à coup sûr éreintante. Un coup de poing dont on ne se remet pas. Enter the Void.

Pendant 2h30, j’ai vĂ©cu la mort. Oui, je suis mort et mon âme a errĂ© dans un Tokyo sous acides. Vous aviez envie de savoir ce qui vous attend après votre trĂ©pas, Gaspard NoĂ© vous en offre une vision viscĂ©rale dans Enter the Void.

Dès le dĂ©but du film le dĂ©cor est plantĂ© par un gĂ©nĂ©rique agressif avant d’entrer dans la tĂŞte d’Oscar. Un jeune dealer qui verra son existence basculer de l’autre cĂ´tĂ©. En effet, après un trip Ă  la DMT dans son petit appart’ Ă  Tokyo, Oscar est tuĂ© par balle. Un choc violent, en particulier quand c’est le spectateur qui prend ça en plein coeur. Car c’est lĂ  la force du film. Gaspard NoĂ© nous place en vue subjective. On est littĂ©ralement dans l’esprit d’Oscar et mĂŞme plus, Ă  la place de son âme. Durant cette première partie, on vit dĂ©jĂ  l’existence du hĂ©ros, de son dĂ©lire rappelant le trip chamanique de Blueberry Ă  sa mort brutale dans un bar mal frĂ©quentĂ©. Puis, on aperçoit une grande lumière blanche. La lumière blanche. Celle-lĂ  mĂŞme qui nous fait prendre conscience que l’on n’est plus. Alors, comme on dit, on voit toute notre vie dĂ©filer. En l’occurrence une existence qui n’a pas Ă©tĂ© facile après un accident de la route fracassant. Et après, on erre. Notre âme voit ce que nos proches vivent, le dĂ©sĂ©spoir d’une soeur qui a tout perdu, la solitude d’un ami abandonnĂ© … avant … le vide.

Pour comprendre cette oeuvre, il suffit d’entrer dedans et de saisir la portĂ©e du Livre des Morts TibĂ©tains dont s’inspire le rĂ©alisateur franco-argentin, responsable du sulfureux IrrĂ©versible. Cette fois, pas d’ultra violence mais une vision choc. Par sa manière de filmer totalement hallucinante, Gaspard NoĂ© nous fait vivre cette expĂ©rience viscĂ©rale de la mort. Après le trip, tout est possible et les 2h30 qui peuvent parfois (souvent?) sembler longues mais sont totalement lĂ©gitimes dans ce qu’il veut nous faire comprendre (et lĂ , plusieurs interprĂ©tations possibles).

Bien Ă©videmment on pourrait parler de l’extraordinaire travail sur la technique, en phase complète avec le discours. Que ce soit le son, lourd et pesant, ou l’image et ses plans sĂ©quence aĂ©riens extrĂŞmement bien choisis et en mĂŞme temps d‘une fluiditĂ© naturelle telle qu’on ne peut qu’ĂŞtre embarquĂ© dans ce voyage dans l’au-delĂ  sous acides japonais. Mais en fait, peu de mots peuvent raconter le film. Tout ce qu’il y a Ă  savoir, c’est qu’il s’agit d‘une pure experience de cinĂ©ma qu’il faut vivre en ayant le cĹ“ur bien accrochĂ©. Car il n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde d’apprĂ©cier et de comprendre l’intĂ©rĂŞt d’un film tel qu’Enter the Void qui propose bien plus qu’une dĂ©monstration technique ou une simple histoire quotidienne mais un voyage presque sans issue. Oui c’est dur, parfois choquant. Oui, on a le tournis et on a l’impression que ça ne finira jamais. Mais au final, après 2h30 de projection, la satisfaction est lĂ . Non pas celle d’avoir aimĂ© un film ou d’ĂŞtre enfin sorti de la salle.  Mais la satisfaction d’avoir appris, d’avoir vĂ©cu, d’avoir compris un message portant aussi bien sur la mort que sur la vie. Car la mort n’est qu’une Ă©tape intermĂ©diaire et après y ĂŞtre entrĂ©, il faut bien sortir de ce vide.

Reste maintenant Ă  savoir si vous serez prĂŞt Ă  en faire l’expĂ©rience difficilement soutenable. Car mĂŞme plusieurs jours après sa vision, il est impossible de sortir cet OFNI (Objet FilmĂ© Non IdentifiĂ©) de son esprit. C’est bien lĂ  la marque d’une Ĺ“uvre qui se rĂ©vĂ©lera incontournable. Enter the Void est un trip sensoriel Ă  ranger entre les deux claques cinĂ©matographique de Darren Aronofsky (Requiem for a Dream) ou Stanley Kubrick (2001).

publié dans :Cinéma Coup de Coeur Critiques ciné

  1. 06/05/2010 Ă  00:13 | #1

    Je vais aller le voir ce week-end, et après avoir vu IrrĂ©versible je suis très très très … très impatient !
    Par contre « les 2h30 qui peuvent parfois (souvent?) sembler longues»  ca veut dire que tu as trouvĂ© ca long ?
    Tu as trouvĂ© ca mieux ou moins bien que IrrĂ©versible ? Ou bien ca n’a rien Ă  voir ?

  2. Fred
    06/05/2010 Ă  00:18 | #2

    @Knorc
    bah, sur le moment et juste après, on se dit que c’Ă©tait long et qu’il y a bien 30 minutes de trop. Mais avec le recul nĂ©cessaire Ă  prendre, quelques jours après, c’est pas grave, au contraire.
    Pas encore vu IrrĂ©versible (ce qui ne saurait tarder maintenant), mais il me semble que le sujet est plus spirituel ici, et donc moins portĂ© sur la violence que sur l’expĂ©rience de la mort contrastant avec la vie, toute aussi dure.

  3. 06/05/2010 Ă  18:25 | #3

    @Fred
    Je suis bĂŞte, tu m’avais dis sur Twitter que tu n’avais pas encore vu IrrĂ©versible…
    Il est vrai que Irréversible est ultra-violent. Il y a deux scènes comme cela.

  4. 08/05/2010 Ă  21:08 | #4

    D’accord en grande partie avec la critque; cependant, l’effet Noe ne fonctionne plus pour ceux et celles qui ont vus Seul contre tous et Irreversible. Mais mon premier Noe m’a laissĂ© une trace, et je pense que cela a un peu le mĂŞme effet Ă  tout le monde. Connaissant donc dĂ©ja sa filmographie, je n’ai pas Ă©tĂ© trop choquĂ© ici, Ă  part la scène Ă  l’hĂ´pital… Le film est quand mĂŞme trop long; mais le rĂ©alisateur, comme tu dis, veut justifier la longue errance du personnage. C’est un rĂ©alisateur talentueux, mais son cinĂ©ma n’est pas accessible au commun des cinĂ©philes lambdas.