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Culte du dimanche : Southland Tales

posté le 12/09/2010 FredP

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Après Donnie Darko, Richard Kelly a proposĂ© un film hors du commun. Southland Tales a Ă©tĂ© boudĂ© a Cannes et est sorti en France directement en dvd. Mais bientĂ´t, il sera reconnu Ă  sa juste valeur comme l’un des films de SF les plus osĂ©s de ces dernières annĂ©es.

Il a suffit Ă  Richard Kelly de rĂ©aliser Donnie Darko pour devenir dès son premier film un rĂ©alisateur culte. ForcĂ©ment, son second long-mĂ©trage Ă©tait l’objet de toutes les attentions et sa prĂ©sentation Ă  Cannes attendue de pied ferme en 2006. Mais ce fut la douche froide. L’accueil plus que mitigĂ© des festivaliers a contraint le jeune rĂ©alisateur Ă  revoir complètement le montage de son film. Avec aucune nouvelle pendant plus d’un an, les fans du rĂ©alisateur ont commencĂ© Ă  dĂ©sespĂ©rer quand le film a ressurgi sur une petite combinaison de salles aux Etats-Unis, amputĂ© d’une vingtaine de minutes. En France, il faudra attendre encore plus longtemps, lorsque le plus accessible The Box est sorti au cinĂ©ma l’annĂ©e dernière, pour que l’on dĂ©couvre directement en dvd les fameux Southland Tales.

Richard Kelly a imaginĂ© son histoire des terres du sud comme une grande saga complexe et marquĂ©e par l’influence barge de Philip K. Dick.

Trois bandes-dessinĂ©es illustrent le dĂ©but de l’intrigue qui se termine avec le film. Il est donc plus simple d’aborder le long-mĂ©trage après les avoir lues, mais n’ayez crainte, un rapide rĂ©sumĂ© est prĂ©sentĂ© au dĂ©but du film pour rĂ©tablir le contexte et nous permettre de suivre les destins croisĂ©s de 3 protagonistes dans une AmĂ©rique en pleine dĂ©cadence suite Ă  un attentat nuclĂ©aire. L’histoire et la quĂŞte d’un acteur amnĂ©sique, d’une porno star et d’un officier menĂ©s vers la fin de leur monde racontĂ©e par Pilote Abilene. Impossible d’en raconter beaucoup plus ici tant Southland Tale est dense et complexe.

Richard Kelly nous prĂ©sente ici la critique de l’AmĂ©rique post-11septembre la plus barge qui nous ait Ă©tĂ© proposĂ©e. Après un attentat sur le sol US, la guerre en Irak n’a jamais prit fin, une nouvelle Ă©nergie a Ă©tĂ© dĂ©couverte, le gouvernement a mit en place un nouveau système sĂ©curitaire totalitaire, un groupe de terroristes complote contre les prochaines Ă©lections et les citoyens ont perdus pas mal de leurs valeurs. Le monde est devenu fou et sa fin est proche. Pas Ă©tonnant que le spectateur et les hĂ©ros se perdent dans ce pays qui n’a plus de repères. Le rĂ©cit de Kelly n’est pas simple Ă  suivre et il faut s’accrocher car le rĂ©alisateur pousse sa rĂ©flexion sur la sociĂ©tĂ© et la fin du monde Ă  son paroxysme en donnant une portĂ©e christique Ă  ses hĂ©ros que l’on peut ici considĂ©rer comme des prophètes. MalgrĂ© de grosses interrogations après un premier visionnage et la dĂ©couverte de l’objet, on se laisse tout de mĂŞme prendre au jeu grâce Ă  l’univers et l’ambiance qui règne dans le film. Ce n’est qu’Ă  partir d’une seconde vision que l’on commence alors Ă  comprendre les enjeux et les objectifs des personnages. Alors tout n’en devient que plus passionnant.

Ce qui rend le film d’autant plus passionnant avec cet univers dĂ©calĂ©, c’est le choix de casting osĂ© qu’a fait Richard Kelly. Ici chaque acteur a dĂ©jĂ  une image bien marquĂ©e dans la culture pop (the Rock, Stifler, Buffy, l’ex de Spears et la disney Mandy Moore) que l’on ne peut ignorer dans la rĂ©flexion sur la culture porno-pop qu’adopte la sociĂ©tĂ©. Mais chacun va trouver un rĂ´le Ă  contre emploi, de Dwayne Johnson en star de film amnĂ©sique Ă  Seann William Scott en messie paumĂ© en passant par Sarah Michelle Gellar en clone ++ de Paris Hilton et Justin Timberlake, vĂ©tĂ©ran de la guerre en Irak devenu dealer et « sentinelle» . Le pire, c’est qu’ils trouvent sans doute ici leurs rĂ´les les plus travaillĂ©s, dirigĂ©s Ă  la perfection par Kelly.

L’univers de Southland Tales happe Ă©galement l’attention du spectateur grâce Ă  l’ambiance sonore crĂ©Ă©e par Moby. En effet, le rĂ©alisateur a bien choisi son compositeur pour donner une ambiance Ă  la fois futuriste et mystique, reprenant ses propres titres (dont le magnifique Memory Gospel), des compos originales mais aussi des titres qui ont ici tout leur sens (on trouvera au choix Blur, Muse, the Killers – pour une sĂ©quence musicale tripante d’anthologie -  ou encore BRMC).

Sous son allure de film maudit , Southland Tales s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂŞtre au final une nouvelle pièce maitresse issue de l’imagination fertile et barrĂ©e de Richard Kelly qui expose toutes les thĂ©matiques qui lui sont chères. Il propose une vision de la sociĂ©tĂ© passĂ©e au vitriol, miroir grossissant de ce que nous vivons actuellement grâce Ă  des acteurs au statut dĂ©tournĂ© pour mieux rĂ©pondre Ă  ses desseins de fin du monde. L’un des plus grands films de SF des annĂ©es 2000, incompris mais totalement culte depuis sa genèse jusqu’Ă  sa dĂ©couverte.


Southland Tales – Bande annonce Vost FR
envoyĂ© par _Caprice_. – Regardez des web sĂ©ries et des films.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. ChrisC
    12/09/2010 Ă  17:19 | #1

    Un film dĂ©rangeant : comment perdre 2H sans connaĂ®tre ni de dĂ©but, ni de fin et en mĂŞme temps ĂŞtre Ă  ce point touchĂ© par des acteurs justes, impliquĂ©s et un climat oppressant d’une sociĂ©tĂ© cynique poussĂ© au fond de sa dĂ©chĂ©ance. Ce film dĂ©peint la fin de la civilisation et de la culture anglo-saxonne basĂ©e sur l’hĂ©gĂ©monie de sa culture formatĂ©e et insipide !

  2. 15/09/2010 Ă  10:15 | #2

    L’aura de ce film est telle que je l’ai achetĂ© sachant fort bien que nombreux sont ceux qui le considèrent comme un dĂ©sastre scĂ©naristique et une oeuvre sans fondement. Avis bientĂ´t.

  3. 17/09/2010 Ă  11:34 | #3

    nan franchement, j’ai adorĂ© donnie darko mais ce film sans queue ni tĂŞte ne m’a pas touchĂ©, je me suis endormie une fois avant de rĂ©ussir Ă  le finir. On aura beau tenter d’analyser le message du film (le trauma post 11 sept, la sociĂ©tĂ© us pourrie bla bla bla), faut quand mĂŞme pas dĂ©conner !

    Quand aux acteurs, ils sont complètement paumĂ©s et tentent chacun avec la mine sombre de prouver qu’ils savent jouer dans un drame. Un grosse dĂ©ception. Autant Donnie Darko est culte, autant Southland Tales est juste nul.

  4. 17/09/2010 Ă  12:01 | #4

    Richard Kelly est allĂ© au delĂ  de la simple analyse du trauma post 11/9, il nous expose simplement toute les peurs et les craintes qui sont enfouies au fond de lui…
    Southland Tales s’inscrit dans une logique initiĂ© par Donnie Darko et terminĂ©e par The Box…

    Dire que Southland Tales est « juste nul»  c’est comme dire que Star Trek, ce « n’est que des mecs en pyjama» , c’est regarder sans chercher Ă  comprendre, Ă  aller au delĂ  de la première impression.

  5. 19/09/2010 Ă  01:23 | #5

    Vraiment un film gĂ©nial et que nous sommes peu Ă  aimer d’après ce que je lis Ă  gauche et Ă  droite. De plus, j’ai eu le droit Ă  quelques anti-southland tales…mais bon, l’avis des autres je m’en tamponne le coquillard!!

    Très bonne critique!!!

  6. 20/09/2010 Ă  11:53 | #6

    @alex : Star Trek ça dĂ©chire, le succès public de celui de JJ Abrams prouve que cette histoire peut sĂ©duire du monde. Complètement Ă  cĂ´tĂ© de la plaque comme comparaison avec Southland Tales, qui se prĂ©sente d’emblĂ©e comme un film pas du tout grand public.

    Quand Ă  « chercher Ă  comprendre» , tout est dit dans la critique concernant le message, et franchement la dĂ©cadence de l’AmĂ©rique reprĂ©sentĂ©e ainsi, ben je m’en tamponne le coquillard comme dirait l’autre.

  7. 04/06/2011 Ă  23:41 | #7

    @Marion, je retombe au hasard sur l’article et je vois ton commentaire, et j’ai eu une forte envie de rire, oser prendre en exemple la purge de JJ Abrams qui n’a de Star Trek que le nom, c’est franchement risible, tant ce film n’a absolument rien en commun avec la saga…
    Donc voilĂ , regarde de vrais Star Trek, comme le premier film (en director’s cut) ou le First Contact qui sont loin d’etre grand public…